Entre une nation d’intérêts et l’intérêt de la nation

Entre une nation d’intérêts et l’intérêt de la nation
10/06/2011

 La crise gouvernementale perdure depuis plus de quatre mois.

La sagesse et la fermeté du président de la République, le général Michel Sleiman, n’ont pas permis à cette crise gouvernementale de se transformer et de dégénérer en une crise de régime.
Cela dit et pour bien baliser la question, il y a lieu de relever que c’est la première fois, depuis le Moyen Âge, que la région du Proche-Orient – avec les États constitués que nous connaissons – est en proie simultanément à de graves convulsions et à des déstabilisations caractéristiques qui ont déjà conduit à des chutes de régimes qui se croyaient bien établis pour toujours.
Pourquoi ?
Parce que la forte formule de Lamartine au lendemain de son voyage en Orient affirmant que « l’Égypte n’a qu’un homme, le Liban a un peuple » reste d’une actualité brûlante, intacte et entière. C’est dire aussi que cette liberté et cette démocratie, en dépit de leurs imperfections, si dramatiquement revendiqués dans le sang ailleurs, sont pour le Libanais un acquis définitif de l’histoire les années les plus noires n’ont pu occulter ou faire disparaître.
De quoi s’agit-il en effet actuellement dans ce monde arabe si fortement tourmenté par l’histoire ? Des tribus, des clans et des familles sous couvert d’États tentent de sauver des systèmes d’un autre âge incapables d’engranger les profits d’une modernité dont les considérants s’imposent dans le cadre d’une mondialisation accrue.
Le Liban a su au cours de l’histoire des quatre derniers siècles choisir et s’imposer un modèle de démocratie et de liberté individuelle à sa mesure avec leurs imperfections liées à l’exercice de la pratique politique bien plus qu’aux principes. Cela revient à dire que la qualité du service démocratique dans ce pays est étroitement liée au dosage normatif que s’accordent les politiciens dans l’exercice de leur mission.
Cela revient à dire également que toutes les fois où nos chers politiciens pensent être la pierre d’angle de la politique régionale et internationale, les conséquences les plus fâcheuses en sont le résultat le plus tangible. Notre mission politique dans le monde – et particulièrement dans la Méditerranée orientale – n’est pas d’imaginer être en mesure de s’engager, d’intervenir, de conseiller des solutions pour les autres et même de penser résoudre leurs problèmes, mais de témoigner, par la qualité de notre service démocratique et de niveaux de performance à notre mesure pour que notre société communautaire reste aimée, soutenue et protégée par le concert des nations.
Ce n’est pas en vociférant et en insultant les autres que le Liban sera entendu et aimé par tous mais en s’imposant le dosage décent nécessaire pour refléter un témoignage culturel, social, économique et financier.
Et c’est dans ces termes mêmes que réside le défi politique du Liban d’aujourd’hui et de demain face à la déstabilisation de ce Proche-Orient.
Que faire donc avec la formation du gouvernement ?
Certes, il est constitutionnellement exigé de former un gouvernement mais sans rêve et sans idéal, sans cause et sans projets, quelles seraient les performances requises de ce gouvernement par rapport à notre démocratie et à notre liberté ?
Telle est l’échéance à laquelle nous sommes confrontés. Nous ne pouvons faire face à la gravité des situations régionales ambiantes qui interfèrent bien naturellement – quoi qu’en disent certains – dans la formation du gouvernement qu’en sachant nous élever à la hauteur d’une détermination capable de nous guider dans des politiques exigeantes pour notre société.
Si donc le président de la République a pu jusqu’à présent réussir à se dévouer à sauvegarder les institutions, la qualité même du service requis exige de reconnaître qu’il ne saurait y avoir de gouvernement, dans les circonstances actuelles du Proche-Orient, sans une grande cause à développer et à défendre et sans une politique qui s’inscrit dans la durée.
Que faire alors ?
D’abord gérer une crise au jour le jour en évitant des impairs de nature à aggraver la situation. Ainsi cette brève mais cruelle confrontation entre le ministre des Télécommunications et les Forces de sécurité intérieure n’aurait jamais dû se produire car dans les circonstances pareilles la décence des comportements, bien que très difficile vu les engagements et les haines, est quand même impérative. Et à notre avis le souci manifesté par le président de la République dans la lettre adressée au ministre de la Justice s’inscrit surtout dans le rappel d’une logique de décence des comportements avant toute autre chose.
C’est ensuite adopter le discours à la mesure des circonstances. Quand une situation politique est difficile et grave, c’est en s’y adaptant que l’on a les meilleures chances de traverser sa phase critique avec le moins de déboires possibles.
Paul Valéry se plaisait à écrire : « Quand l’État est fort il nous étouffe mais quand l’État est faible nous périssons. » Tentons donc d’adapter avec lucidité et décence le dosage de notre politique au service d’une cause pour éviter d’être en risque d’étouffement ou de péril.
Il y a bien une exigence historique de sagesse politique dans la formation ou non de notre gouvernement dans les circonstances actuelles. Gageons que les leçons de l’histoire seront au rendez-vous pour nous épargner tristesse et échecs dans ce sursaut politique atypique de notre société proche-orientale.
Car tout compte fait un gouvernement n’est pas une nation d’intérêts mais l’intérêt de la nation.
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